L'été StartingUp poursuit son inventaire d'une année d'expérimentations, avec la même règle du jeu que pour les questions que l'IA a rendues obsolètes : raconter ce que nous avons réellement fait, coûts et limites compris. Aujourd'hui, la génération d'images par IA, que nous pratiquons en production depuis des mois.
Autant l'annoncer d'emblée : les illustrations éditoriales de ce blog, y compris celle qui accompagne cet article, sont générées par IA. Depuis plusieurs mois, chaque publication reçoit son visuel via l'API d'Ideogram, avec un style maison imposé par le prompt : illustration flat premium, palette limitée, aucun texte dans l'image. Ce n'est ni un test ni une démo, c'est notre chaîne de production réelle.
Ce retour d'expérience raconte ce que nous avons appris en route : ce que valent les trois grandes familles d'outils que nous avons testées, ce que dit vraiment le droit sur ces images, ce que cachent les watermarks visibles et invisibles, et surtout quand il faut générer... et quand il ne faut pas.
Résumé pour les décideurs pressés : la génération d'images par IA est assez mûre pour un usage professionnel en production, pour quelques centimes par visuel, à condition de choisir l'outil selon le besoin : styles graphiques chez Ideogram, polyvalence chez OpenAI, photoréalisme chez Google. En revanche, une image purement générée n'est protégée par aucun droit d'auteur, et il faut la considérer comme détectable en tant que telle.
Illustrer un blog avec l'IA : notre cas d'usage, sans enjolivure
Notre besoin est modeste et très cadré : une illustration conceptuelle par article, dans un style graphique constant, produite en quelques minutes au moment de la publication. Avant l'IA, ce besoin se réglait par une banque d'images (résultat : des visuels interchangeables que tout le monde a déjà vus) ou ne se réglait pas du tout. La génération a changé l'équation : pour quelques centimes par image, nous obtenons un visuel unique, cohérent avec les précédents, qui illustre précisément l'idée de l'article plutôt qu'un vague champ lexical.
Le vrai travail n'est pas dans le clic de génération, il est dans le prompt de style, écrit une fois puis réutilisé partout : direction artistique verrouillée, palette limitée, interdiction du texte dans l'image (les modèles écrivent mieux qu'avant, mais un titre approximatif ruine un visuel), et une métaphore visuelle décidée par un humain pour chaque article. La partie créative reste chez nous ; la machine exécute.
Ideogram, OpenAI, Google : comparatif de trois familles d'outils
Ideogram, le graphiste
C'est notre choix en production, pour des raisons prosaïques : une API simple, un tarif lisible (de 3 à 10 centimes de dollar l'image selon le niveau de qualité, à l'heure où nous écrivons), et surtout une vraie sensibilité pour les styles graphiques, flat design, affiche, pictogramme, là où d'autres modèles tirent tout vers le photoréalisme. Ironie assumée : la spécialité historique d'Ideogram est le rendu du texte dans l'image, la meilleure du marché, et notre prompt le lui interdit. Nous l'utilisons pour sa constance stylistique, pas pour sa typographie.
OpenAI, le couteau suisse
La lignée gpt-image (héritière de DALL·E) brille par sa polyvalence et par son intégration dans ChatGPT : on décrit, on regarde, on corrige en langage naturel, dans la même conversation. C'est l'outil que nous recommandons aux équipes marketing qui débutent, précisément parce qu'il ne demande aucune infrastructure. Côté API, la grille tarifaire s'étage de moins d'un centime à une vingtaine de centimes l'image selon le modèle, la qualité et la résolution. Notre réserve : une patte visuelle reconnaissable entre mille, qui uniformise les visuels du web depuis 2025.
Google, le photographe
La famille Gemini et Imagen vise le photoréalisme, et l'atteint : pour simuler une scène crédible, une lumière naturelle, une texture, c'est la référence actuelle. Les tarifs API s'échelonnent d'environ 2 centimes l'image à une vingtaine de centimes pour les modèles haut de gamme en haute résolution, et la gamme évolue vite : des modèles y sont régulièrement dépréciés au profit de plus récents, ce qui impose de surveiller sa dépendance. Pour notre usage éditorial, ce réalisme est justement ce que nous fuyons : une fausse photo trop crédible pose plus de questions qu'elle n'en résout.
| Ideogram | OpenAI (gpt-image) | Google (Gemini / Imagen) | |
|---|---|---|---|
| Point fort | Styles graphiques, texte dans l'image | Polyvalence, itération dans ChatGPT | Photoréalisme |
| Prix API indicatif (été 2026) | 0,03 à 0,10 $ / image | 0,01 à 0,20 $ / image environ | 0,02 à 0,24 $ / image environ |
| Notre usage | Production (illustrations du blog) | Explorations, maquettes rapides | Tests, scènes réalistes ponctuelles |
Droit d'auteur : à qui appartient une image générée par IA ?
C'est la première question de nos clients sur les images générées par IA, et la réponse honnête tient en deux étages. Premier étage, le droit d'auteur : le Copyright Office américain a fixé sa doctrine dans un rapport de janvier 2025, et elle est limpide.
Une œuvre entièrement générée par IA n'est pas protégeable par le droit d'auteur : la simple rédaction de prompts, aussi détaillés soient-ils, ne constitue pas un apport humain suffisant. Seules les contributions humaines identifiables (sélection, arrangement, retouches substantielles) peuvent être protégées, au cas par cas.
« Copyright and Artificial Intelligence, Part 2 : Copyrightability », US Copyright Office, janvier 2025 (synthèse et traduction par nos soins)
Le droit européen n'a pas encore tranché aussi nettement, mais il repose sur la même exigence d'une empreinte créative humaine. Conséquence pragmatique : une image purement générée est probablement dans le domaine public de fait. Vous pouvez l'utiliser, mais vous ne pouvez pas empêcher un concurrent de la reprendre. Pour une illustration d'article, c'est un risque acceptable. Pour un logo ou une mascotte, c'est rédhibitoire.
Deuxième étage, les CGU des plateformes, qui règlent non pas la propriété intellectuelle mais le contrat entre vous et l'outil. Les grandes plateformes (Ideogram, OpenAI, Google) vous cèdent leurs droits éventuels sur les images produites, usage commercial compris, mais avec des nuances qui comptent : chez Ideogram, l'offre gratuite exclut l'usage commercial et publie vos images en galerie publique par défaut ; chez OpenAI, l'usage commercial est ouvert à tous les paliers, mais l'opt-out de l'entraînement sur vos contenus dépend de l'offre. Lisez la ligne qui concerne votre abonnement, pas la page marketing.
Et deux zones rouges que nous nous imposons : jamais de prompt « dans le style de » un artiste vivant (juridiquement incertain, humainement indéfendable), et jamais de marque, de logo ou de personnage protégé dans une image destinée à être publiée. Le droit des marques, lui, s'applique pleinement aux images générées.
Watermarks des images IA : ce que vos visuels disent de vous
Il faut distinguer deux familles de marquage. Le watermark visible d'abord, celui des offres gratuites : logo en coin d'image, comme l'étoile Gemini sur les images des formules gratuites de Google. C'est le prix de la gratuité, et un signal peu professionnel sur un site d'entreprise : si un visuel généré mérite d'être publié, il mérite l'offre payante qui l'en dispense.
Le marquage invisible ensuite, et c'est le plus important : SynthID, la technologie de Google DeepMind, insère une signature imperceptible directement dans les pixels, conçue pour survivre au recadrage et à la compression. Google l'applique à l'ensemble de ses images générées, y compris sur les offres payantes. Les métadonnées C2PA, elles, attachent au fichier un manifeste signé (modèle utilisé, date, producteur) ; plus fragiles, elles disparaissent souvent quand une plateforme réencode l'image. Au printemps 2026, OpenAI a rejoint la C2PA et adopté SynthID pour l'ensemble de ses images : les trois familles que nous utilisons marquent donc désormais leur production.
L'implication est simple : partez du principe que toute image générée est détectable comme telle, aujourd'hui ou dans deux ans. Le règlement européen sur l'IA va dans le même sens : ses obligations de transparence sur les contenus générés s'appliquent à partir d'août 2026. Notre position n'a pas changé depuis le premier visuel : nous ne faisons jamais passer une image générée pour une photographie, et l'assumer publiquement (comme dans cet article) coûte beaucoup moins cher que d'être démasqué.
Générer, acheter ou faire créer : notre grille de décision
Après un an de pratique, voici la grille que nous appliquons réellement, pour nous comme pour nos clients :
- Générer : illustrations éditoriales, concepts abstraits, visuels de blog et de réseaux sociaux, itérations de maquettes. Fort volume, style réplicable, aucun besoin d'exclusivité juridique : c'est le terrain roi de la génération.
- Acheter une photo (ou organiser un shooting) : dès qu'il s'agit de réalité incarnée. Votre équipe, vos locaux, vos produits, un lieu réel. Une fausse photo crédible est une dette de confiance : le jour où elle se voit, c'est toute votre communication qui devient suspecte.
- Payer un illustrateur : pour tout ce qui doit vous appartenir et durer. Logo, mascotte, identité visuelle, illustration signature d'une page d'accueil. Vous achetez un regard, et une cession de droits qui vous permet de défendre l'œuvre : exactement ce que la génération ne peut pas vous vendre.
La génération d'images n'a remplacé chez nous ni la photographie ni l'illustration : elle a comblé la case qui restait vide, celle des visuels que personne n'aurait budgétés. C'est peut-être la conclusion la plus honnête de ce retour d'expérience : bien utilisée, cette technologie ne fait pas baisser le niveau d'exigence visuelle, elle l'étend à des contenus qui n'y avaient pas droit.






