L'été StartingUp, suite. Nous profitons de la saison pour prendre de la hauteur sur une année qui a bousculé la visibilité en ligne. Après avoir posé ce que recouvre le GEO, il est temps de trancher la question que tout le monde nous pose : SEO ou GEO, faut-il encore écrire pour Google ?

Le sujet s'invite désormais dans tous les comités marketing. D'un côté, les enterrements précipités : « le SEO est mort, tout se joue maintenant dans ChatGPT ». De l'autre, le déni confortable : « phénomène de mode, nos positions Google suffisent ». Deux postures opposées, un point commun : elles dispensent de réfléchir. Et les chiffres, que nous avons vérifiés un par un, ne donnent raison ni à l'une ni à l'autre.

La réponse courte : le SEO n'est pas mort, et le GEO ne le remplace pas, il s'y superpose. Google envoie encore environ 190 fois plus de visites aux sites que ChatGPT, mais près de deux recherches sur trois se terminent déjà sans clic. Écrire pour Google reste donc le socle ; devenir citable par les moteurs génératifs, le nouvel étage.

Cet article tranche ce faux débat avec des faits, puis propose une grille simple : selon que vous cherchez de la notoriété, des leads, des ventes ou du support, l'équilibre entre SEO et GEO ne se joue pas au même endroit.

« Le SEO est mort » : le cadavre se porte bien

Commençons par l'ordre de grandeur que les nécrologies oublient. Google traite de l'ordre de 5 000 milliards de recherches par an, soit plus de 13 milliards par jour, et ce volume progresse encore d'une année sur l'autre. ChatGPT reçoit des milliards de sollicitations quotidiennes, mais une minorité seulement relève d'une intention de recherche : selon les méthodes de calcul, son usage « search » représente entre quelques pour cent et un peu plus de 10 % du volume de Google. Considérable pour un produit aussi jeune ; marginal face au robinet principal.

Surtout, le trafic réellement envoyé vers les sites reste sans commune mesure : d'après les mesures publiées par Ahrefs début 2026, Google adresse encore environ 190 fois plus de visites aux sites web que ChatGPT. Et l'usage global de la recherche, assistants compris, continue de croître : l'IA n'a pas mangé le gâteau, elle l'a agrandi.

Le second argument est plus structurel : les moteurs génératifs s'alimentent aux index de recherche. ChatGPT Search s'appuie principalement sur l'index de Bing, complété par son propre robot d'exploration ; les AI Overviews puisent, sans surprise, dans l'index de Google ; Perplexity cite très majoritairement des domaines présents dans le top 10 de Google sur les mêmes questions. Un site mal indexé, mal structuré ou fermé aux robots n'est donc pas seulement invisible sur les moteurs classiques : il n'existe pour aucune de ces machines. Être trouvable sur Google et Bing n'est plus une fin en soi, mais cela reste le ticket d'entrée, comme nous l'avons détaillé dans nos leviers pour apparaître dans les réponses des LLM.

« Le GEO remplace le SEO » : la nouveauté qui recycle

Le discours inverse mérite le même traitement. À écouter certains vendeurs de certitudes, il faudrait jeter vingt ans de métier et adopter une discipline entièrement neuve. Or, quand on aligne les recommandations qui font consensus en GEO, on retrouve... les fondamentaux du SEO sérieux :

  • Un contenu structuré : titres hiérarchisés, réponses nettes en tête de section, tableaux et listes que machines et lecteurs pressés saisissent d'un coup d'œil.
  • Des données citables : chiffres datés et sourcés, définitions franches, prises de position signées, tout ce qu'un modèle peut reprendre en vous créditant.
  • De l'autorité : être mentionné dans la presse, les comparatifs et les forums de son secteur, ce que le SEO appelait déjà notoriété et netlinking.
  • Une maison techniquement saine : crawlabilité, rapidité, données structurées, robots autorisés.

Ce recouvrement n'a rien d'un hasard : les modèles ont appris à évaluer la qualité sur un web déjà façonné par les critères de Google. Ce que le GEO ajoute réellement (l'optimisation pour la citation plutôt que pour le clic, le poids des mentions de marque sans lien, une mesure encore balbutiante) en fait une extension exigeante du métier, pas son remplacement. Qui vous vend l'un contre l'autre vous vend deux fois la même chose, ou la moitié de chaque.

« Rien ne change » : le confort qui coûte le plus cher

Reste la troisième posture, la plus répandue parce que la plus reposante : puisque le SEO n'est pas mort, continuons comme avant. C'est ignorer trois déplacements bien documentés.

La part des recherches sans clic grimpe. Environ deux recherches Google sur trois se terminent désormais sans aucun clic vers un site, une proportion qui a nettement accéléré depuis le déploiement des résumés génératifs. Et lorsqu'un AI Overview s'affiche, le taux de clic du premier résultat organique chute d'un tiers à plus de la moitié selon les études. Nous avons décortiqué ce mécanisme et ses parades dans notre analyse de l'impact des AI Overviews sur votre trafic.

Le classement ne garantit plus la citation. Une étude Ahrefs portant sur plus de 18 000 requêtes l'a mesuré : seules 12 % des URL citées par les assistants IA figurent dans le top 10 de Google sur la question d'origine. Les domaines qui font autorité restent largement les mêmes, mais les pages choisies diffèrent : être premier ne suffit plus, être citable devient une propriété de chaque page.

La mesure se déplace, et certains formats s'éteignent. Positions et sessions organiques racontent une part décroissante de l'histoire ; il faut désormais suivre aussi ses mentions et citations dans les réponses génératives, avec un outillage encore jeune. Quant aux contenus qui ne vivaient que du clic d'information rapide (définitions génériques, listicles interchangeables, FAQ recopiées), la machine y répond directement : leur raison d'être disparaît.

SEO ou GEO : où investir selon votre objectif

Faut-il alors arbitrer ? Oui, mais pas entre SEO et GEO : entre vos objectifs. Le bon dosage dépend de ce que votre site doit produire.

Votre objectifCe qui changeOù investir en priorité
NotoriétéLa marque se construit de plus en plus sans clic, dans des réponses composées par les machinesMentions presse et comparatifs, données citables signées, contenu d'opinion ; écouter ce que les assistants disent de vous
Génération de leadsLes requêtes à forte intention gardent un bon taux de clic ; les visiteurs arrivent plus tard, mieux informésPages d'expertise profondes, cas clients, comparatifs honnêtes : SEO et GEO convergent ici presque entièrement
E-commerceLes résumés produits et les agents d'achat émergent ; la recherche classique et Shopping restent massifsSEO technique irréprochable, données produit structurées, flux et avis à jour : le socle sert les deux canaux
Support et SAVLa documentation se fait résumer sans visite, et c'est plutôt une bonne nouvelleDocumentation publique, claire et structurée ; mesurer les tickets évités plutôt que le trafic

La lecture d'ensemble : plus votre objectif est haut dans l'entonnoir (notoriété), plus la part GEO de l'effort grandit ; plus il est transactionnel, plus les fondamentaux SEO restent décisifs. Aucune ligne du tableau ne se contente de l'un des deux.

Écrire pour Google reste le socle ; devenir citable par les moteurs génératifs, le nouvel étage.

Écrire pour qui, alors ?

Ni pour Google, ni pour les LLM. La question elle-même est un piège hérité de vingt ans de SEO tactique, où l'on écrivait pour l'algorithme en espérant que le lecteur suive. Les moteurs génératifs, paradoxalement, récompensent l'inverse : ils citent ce qui les aide à répondre, c'est-à-dire l'expérience vécue, le chiffre sourcé, la position assumée, la page qui dit quelque chose que mille autres ne disent pas.

Écrivez donc ce que les deux veulent citer : du contenu qui fait autorité. C'est plus exigeant que le SEO d'hier, qui tolérait le remplissage optimisé ; c'est aussi plus juste. Pour la première fois depuis longtemps, l'intérêt des machines et celui de vos lecteurs pointent exactement dans la même direction.