L'été StartingUp. Peut-on apprendre le développement web par WordPress, et en faire un métier ? En rouvrant notre tiroir à brouillons pour trier les questions que l'IA a rendues obsolètes, nous avons exhumé ce texte de 2022 qui répond par le vécu. Le récit d'une entrée dans le métier de développeur par la porte WordPress, republié tel quel, à relire à l'heure où l'IA rebat les cartes de l'apprentissage du développement web.

Mes débuts avec WordPress

En 2005 j'avais 15 ans et le web était encore pour beaucoup décentralisé. Nous étions alors avant l'émergence de YouTube, Facebook et consorts qui ont par la suite capté une partie importante du contenu produit par les internautes. À cette époque, si on voulait partager du contenu, on n'avait pas trop le choix : soit passer par des plateformes de blogging (SkyBlog, Overblog...) qui ne proposaient pas beaucoup de personnalisations et qui étaient estampillées "Loisirs" ; soit disposer de son propre site auto-hébergé, que l'on pouvait, lui, faire évoluer à sa guise.

De nombreux entrepreneurs se sont lancés dans le blogging à cette période : Citons pêle-mêle Korben.info, Eric Dupin ou encore Loïc Le Meur (Ça donne un coup de vieux pas vrai ?). Dans ce contexte, lubie d'adolescent, je voulais à tout prix moi aussi "avoir mon site", pouvoir y partager mes trouvailles, et montrer au reste du monde les compétences extraordinaires que je pensais avoir.

À l'époque, deux moteurs de blog se faisaient la guerre : DotClear, le français historique, et WordPress, l'étoile montante. J'ai testé les deux, et mes connaissances techniques limitées de l'époque m'ont fait préférer WordPress. Il était en version 1, tournait sous PHP 3, et avait une tout autre apparence qu'aujourd'hui. Je parle d'une époque où Internet Explorer 6 était le roi du préau, où on ne pouvait pas faire de border-radius ou de display: flex en CSS et où mon père m'avait alors accusé d'avoir installé un virus sur l'ordi en voyant l'icône de Mozilla Firefox qui ne le rassurait guère. Voilà comment je me suis retrouvé à utiliser WordPress pour la première fois, loin de me douter que je m'en servirais encore près de 17 ans plus tard.

Durant des années, j'ai tâtonné seul sur cet outil, publiant des petits sites pour mes connaissances et des blogs sans lendemain où je partageais des âneries. À cet âge, gagner de l'argent n'était de loin pas une priorité pour moi, seul comptait pour moi ce frisson de voir accessible mon contenu à un nombre potentiellement infini de personnes. Pour moi, cela relevait de la magie. Je n'aurais alors jamais imaginé pouvoir être un jour payé pour développer des sites web.

Mon premier emploi en tant que Développeur WordPress

J'ai fait mes études dans la communication et me suis retrouvé en stage de fin de cycle dans une agence spécialisée en Référencement Web. Mes maigres connaissances sous WordPress m'avaient permis de mettre un pied dans la porte pour les approcher, et mes compétences qui s'avéraient plus solides que je ne l'imaginais m'ont permis d'y réaliser des petits sites vitrines en toute autonomie pour leurs clients. Pour moi qui quelques mois avant faisais encore sauter des steaks au McDonald's, je n'en revenais pas de toucher une gratification de stage - du vrai argent ! - pour ce que je considérais alors comme une passion un peu nerd.

La machine était lancée, et étant le seul Développeur Web de l'agence, j'ai dû trouver seul des réponses à toutes mes questions. Cela m'a fait progresser comme jamais dans ma connaissance de WordPress : J'ai appris à identifier les bons plugins à utiliser, à surcharger proprement le fonctionnement interne du CMS, puis celui des plugins tiers que nous utilisions, développer mes propres thèmes, mes propres plugins... Qu'on se le dise, la qualité de ces sites ferait aujourd'hui sourire en termes de design, de performances ou de technologies. Mais en tête je ne gardais toujours qu'un seul leitmotiv : "Toujours progresser, ne pas renoncer". L'idée, c'est de réussir à faire tout ce qu'on me demande.

2013 : Je me lance dans l'entrepreneuriat avec WooCommerce

Gonflé à bloc, je décide de me lancer dans l'entrepreneuriat avec 3 compères, dans une activité de box cadeaux : TheCoffret. Le site e-commerce sera propulsé par WordPress, avec l'extension WooCommerce. Ça va à toute vitesse, pendant que je développe le site, mes comparses saisissent les produits à un rythme effréné.

Le développement est long et plein de rebondissements. Pour la première fois, je commence à percevoir les limites de WordPress : Je galère à créer des choses qui me paraissent pourtant simples, notamment au niveau du routing, de la charge serveur. À mon sens, je fais beaucoup de compromis et ai l'impression de pousser le CMS dans ses retranchements. J'arrive au terme d'efforts à faire ce que j'ai en tête, mais je galère à transmettre mes intentions dans mon code ce qui le rend difficile à s'approprier pour mon équipe. C'est à cette époque que je commence à développer mes propres plugins, ne trouvant souvent pas l'outil réellement adapté à mon besoin et ne voulant pas faire de compromis. Pour soulager nos finances, nous lançons en un après-midi une petite agence web.

Avec TheCoffret, nous parvenons à effectuer en une année un bon millier de ventes... Un succès d'estime inestimable, mais bien trop peu pour nous payer ou intéresser un repreneur. L'aventure s'arrête, avec un certain soulagement je dois l'avouer. J'en garde un souvenir parfois nostalgique... Surtout, cela va me servir de marchepied pour la suite, et comme me l'a un jour fait remarquer un ami : J'ai certainement "appris davantage et pour moins cher qu'en une année d'école de commerce". Malin.

Développement web en Agence Web 360 à Lyon

En 2015, j'arrive finalement dans une agence web à Lyon en tant que Lead Développeur Web Back-end. Un titre au départ honorifique car nous ne serons que deux, mais qui prendra du sens à mesure que l'équipe grandit. J'accroche très rapidement avec le reste de l'équipe : La vie est douce et l'ambiance exceptionnelle. L'entreprise parisienne a de belles références au niveau national, dont de grands franchisés qui font de la pub à la télé : pour la première fois je peux dire à des proches "Ah ben cette marque c'est moi qui ai fait leur site", et je dois dire que j'en tire une petite fierté. Le syndrome de l'imposteur s'envole peu à peu.

Au niveau des projets, je suis challengé sur des problématiques nouvelles, à savoir essentiellement de l'acquisition de leads via des sites accrocheurs. Mon niveau sur WordPress monte encore d'un niveau, se professionnalise. Je travaille en binôme avec un développeur front-end, tandis que je m'occupe essentiellement de la partie back-end. Nous échangeons et apprenons beaucoup l'un de l'autre.

Au bout de trois ans, l'agence prend un virage stratégique qui relègue le développement web au second plan. Parallèlement, je suis mis en difficulté sur un projet : l'entreprise veut tout faire avec WordPress, même un projet qui ne s'y prête vraiment pas (une plateforme de type réseau social), et pour lequel je suggère une meilleure solution, qui ne sera pas retenue. C'est pour moi le moment de reprendre ma liberté, et comme un phare dans la nuit, l'envie d'entreprendre repointe le bout de son nez.

Je me lance en tant que développeur web Freelance

Je quitte mon emploi en juin 2018 et c'est un départ sur les chapeaux de roues : Je réalise 4 mois de travail intense, trois jours par semaine en sous-traitance pour une agence web, le reste du temps et le soir pour mes autres clients.

Je m'en sors très bien financièrement, et je décide au bout de quelques mois de lever le pied pour prendre le temps de me former. J'ai toujours en tête de progresser, et l'envie de laisser un peu WordPress de côté pour progresser sur Symfony. Je fais des projets personnels, développe des outils et m'amuse beaucoup. Mais j'ai du mal à valider ces compétences, y compris pour moi-même : Mon syndrome de l'imposteur qui s'était envolé pour WordPress refait clairement surface pour cette "nouvelle" compétence.

Je délaisse (un peu) WordPress pour Symfony

Souhaitant valider ma progression sur Symfony, je me laisse approcher par un recruteur sur LinkedIn qui me propose un emploi pas loin de chez moi, chez une petite PME éditrice de logiciels SaaS. Je m'y rends au départ par simple curiosité... Et j'y trouve l'ambiance sympathique, et surtout à l'extrême opposé des agences que j'avais connues jusque-là.

Ils me proposent comme dernière offre un salaire ridicule, à vrai dire le plus faible depuis mon passage au McDonald's dix ans plus tôt. Mais je suis séduit par leur discours qui change de ce que je connais, je vais pouvoir valider une expérience sur Symfony, et je suis curieux... J'accepte leur offre et divise en même temps mes revenus par deux (en négociant toutefois de pouvoir maintenir mon activité freelance). Oui, tout ça par curiosité et envie d'apprendre. Dans ma tête je me dis que ça va être comme un stage un peu mieux payé, y rester quelques mois : les formations, elles coûtent cher, autant être payé peu mais progresser !

Et ça paie. Fort de mon expérience sur WordPress, je progresse comme jamais sur Symfony, PostgreSQL, REST et surtout en technologies Front-end (JSX, SCSS, WebPack), parties que je déléguais auparavant à d'autres membres de mon équipe.

Je continue parallèlement à travailler pour mes propres clients, les soirs et les weekends, mais prends la sage décision de ne pas en accepter d'autres. Je continue ainsi à développer sous WordPress malgré tout. Les problèmes que je solutionne sur Symfony la journée me donnent de nouvelles idées d'outils pour WordPress le soir. C'est notamment à ce moment que j'ai l'idée d'intégrer Symfony WebPack Encore dans WordPress.

Je décide de quitter cette entreprise pour un nouveau projet entrepreneurial. Les raisons de mon départ feront certainement un jour l'objet d'un article séparé.

Développeur Freelance à nouveau !

Je reviens donc aux affaires, avec désormais une double-casquette : Développeur Expert WordPress, et Développeur SaaS Symfony. Les deux ne sont pas antagonistes comme certains le prétendent. Pour moi, Symfony et WordPress sont dédiés à des usages différents, et ma connaissance de l'un enrichit mon appréciation de l'autre. Et cela me permet aujourd'hui de développer des ponts entre les deux. Et de pouvoir choisir entre les deux le plus adapté pour chaque nouveau projet.

Lancement de StartingUp

Un nom de domaine réservé en 2014 parce que le nom me plaisait, « un jour j'en ferai quelque chose c'est sûr ».

Le freelance ça marche, j'ai enfin la liberté de choisir mes clients. Leur tenir un discours franc et direct me fait marquer des points. Je ne suis plus pris en tenaille avec un management calamiteux, une culture du présentéisme ou du petit chef à lunettes. Et surtout le covid est passé par là. Les clients apprécient et, même si les difficultés continuent à exister, je sens que c'est le moment pour grandir de donner à cette structure des ressources, une identité, une communication et une force commerciale digne de ce nom. Le plus adapté : une société.

StartingUp lancé officiellement fin 2024 pour brander une activité vieille de bientôt 20 ans.

L'objectif reste toujours le même mais enfin je me sens aligné : Être à l'affût des nouveautés, résoudre les problèmes métiers de mes clients, partenaires et entourage, et bosser au quotidien avec des personnes qui partagent ma vision et mes valeurs.

Et encore une fois, WordPress est une brique de l'édifice. Mais elle ne le soutient plus, on l'utilise quand on en a besoin, on sait maintenant aussi quand s'en passer, ce n'est plus la réponse à tout.

Conclusion

Découvert en 2005 à l'âge de 15 ans, WordPress a été un formidable tremplin dans ma vie professionnelle, qui m'a ouvert de nombreuses portes et que je continuerai d'utiliser à l'avenir. Au départ petit moteur de blog, il s'est mué en véritable écosystème, propulsant une part conséquente du web.

Si j'ai parfois douté de lui, en découvrant ses limites et en lui préférant parfois des alternatives, force est de constater qu'il constitue bien souvent le choix de raison pour une multitude de projets. Je sais désormais juger quand il est opportun de l'utiliser, et dans quels cas il vaut mieux l'éviter : L'avantage, c'est que j'ai le choix !